Namaste 2011 / Népal
– Pokhara, trek Poon Hill (Annapurna) –
Nous ne tombons pas tout de suite sous le charme de la ville de Pokhara. Pourtant, elle est vantée par la quasi totalité des voyageurs ayant foulés le sol népalais et dont nous avons croisé le chemin. Renommée pour son emplacement de choix face au massif de l’Annapurna, il nous est complètement impossible d’apercevoir même une minuscule parcelle de ces sommets colossaux, vu le mauvais temps des derniers jours. Également réputée pour sa bonne table, les premiers établissements que nous fréquentons ne nous surprennent absolument pas, à part peut-être l’addition, qui est « additionnée » de 25% de taxes supplémentaires! Aouch!!! Notre logement n’est ni attrayant, ni confortable et superbement mal localisé, ce qui contribue à la déception qui plane en nous.
Quelques jours après notre arrivée, toujours dans les nuages, nous entrons par hasard au « Peace Eye guest house » pour prendre une bouchée. Cet acte simple et banal change alors radicalement notre vision et le parcours des prochains jours! Nous rencontrons d’abord Anna, une jeune coréenne amoureuse de la France ou plutôt de tout ce qui est français. Et puis Jack, un néo-zélandais dans la cinquantaine, lui, amoureux de la faune, travaillant d’ailleurs sur un fantastique projet visant à protéger la population mondiale de tigres et ayant élu domicile dans ce charmant petit « guest house » familial. Et finalement le proprio, Chiran, tant qu’à lui tout simplement amoureux de la cuisine. Tout en cuisinant, éclairé à la bougie, il nous fait part de sa passion culinaire. De fil en aiguille, ce fameux trio développe sur le sujet de la randonnée et réussit à nous vendre l’idée de partir sur les sentiers de l’Annapurna, sans guide, ni porteur!
Nous sortons donc de cette soirée passée à la chandelle, avec un rendez-vous pour le lendemain dans un petit « boui-boui » coréen, une chambre douillette à moins de dix dollars, deux sacs de couchage gratuits pour la durée de notre randonnée futur, le mandat d’enseigner quelques secrets de cuisine et, en prime, un clair de lune dévoilant enfin l’incroyable proximité de ces majestueux pics blancs!!! Tranquillement, nous retournons pour une dernière nuit dans notre logement minable, sous un ciel dégagé et dans un état d’esprit, désormais dégagé!




Installés dans nos nouveaux quartiers, nous percevons Pokhara sous un nouveau jour! Nous découvrons tous les jours un peu plus de charmes à la cité. Le toit ensoleillé pour la pratique quotidienne de notre yoga avec ces énergétiques montagnes en arrière-plan! Des ballades autour de l’étincelant lac Phewa. Nous prenons quelques leçon de népalais que nous pratiquons avec une gentille famille qui, tous les matins nous presse de bons grands verres de jus d’orange frais pour une poignée de rouppies! Nous dénichons 2 ou 3 restos simples à prix abordable et qui n’ajoutent pas cette surtaxe pour touristes! Nous cuisinons dans la sympathique petite cuisine du « Peace Eye guesthouse »! Nous remplissons le ventre de plusieurs voyageurs tout en remplissant à pleine capacité l’atmosphérique petit bistro de notre cher ami Chiran. Les belles rencontres abondent, de belles amitiés se tissent. Cet endroit a définitivement un petit, je ne sais quoi, qui attire les bonnes énergies, l’ouverture d’esprit et la bonté humaine.




Tous les jours, nous planifions le départ et tous les jours nous extensionons notre séjour!!! Quitter le « Peace Eye guest house » n’est pas une mince affaire, mais nous réussissons à le faire au bout de quatorze jours le cœur presque brisé!
La ville de Pokhara se situe à seulement quelques kilomètres de l’entrée de la réserve naturelle protégée de l’Annapurna. Une réserve écologique de plusieurs centaines de kilomètres carrés où l’on retrouve sommets enneigés, glaciers éternels, forêts vierges, villages rudimentaires et sentiers de randonné. L’endroit est, sans conteste, le paradis du « trekkeur ». Plusieurs sentiers relient les principaux points d’intérêts de la région. La durée des trajets varie de 4 à 30 jours selon la destination choisie. L’altitude pour sa part, varie entre 1 000 mètres et 5 400 mètres. L’endroit offre à certains la chance de se détendre dans des paysages féeriques et permet, à d’autres de dépasser leurs limites physiques en défiant la grandeur de la montagne. Il faut d’ailleurs traiter la montagne avec humilité et respect. Les changements climatiques drastiques et le mal des montagnes guettent le trekkeur expérimenté ou non. Il faut savoir que la diminution de concentration d’oxygène dans l’air agit différemment sur chaque individu allant du simple mal de tête jusqu’à l’œdème pulmonaire, en passant par la fatigue, les vertiges, etc… À certains endroits très élevés du circuit, l’éblouissement provoqué par les rayons solaires sur la neige, peut brûler rapidement la rétine des téméraires qui n’ont pas pris soin de porter leur lunettes de soleil.


D’un autre côté, le climat des montagnes est imprévisible et passe d’un extrême à l’autre. Dans cette région escarpée, la masse nuageuse à l’horizon prend peu de temps à rattraper le trekkeur qui croyait pouvoir éviter la tempête. Le jour un simple T-Shirt et un pantalon court suffisent tandis que, lorsque le soleil disparait derrière la montagne, l’air glaciale rend nécessaire les quelques grammes supplémentaires de l’épais manteau de plume. La neige, la grêle, et la glace ne sont pas rares sur les sentiers de l’Annapurna, même au printemps!
Un trek dans l’Himalaya ne doit pas être pris à la légère. Une bonne préparation s’impose. Nous accumulons donc de précieuses informations auprès d’autres voyageurs et entreprenons la préparation de l’expédition des 2 Trotteurs. Quelques jours d’emplette dans les différents magasins de Pokhara pour trouver l’essentiel.
Sans guide, ni porteur, nous partons sur un des circuits de la région. Dans les premiers kilomètres, nous apprivoisons les dénivelés et les 10 kg du sac à dos qui pèsent sur nos épaules. Nous nous félicitons d’avoir coupé encore plus qu’au strict minimum notre fardeau. N ous marchons en moyenne 5 à 6 heures par jour et prenons soin de nous garder quelques heures, avant le coucher du soleil, pour étirer, dans un cadre énergisant, nos muscles endoloris par la marche.

Le concept du trekking au Népal est, à notre connaissance, quasi unique au monde. Nous ne marchons pas plus de deux heures sans rencontrer une maison de thé qui offre nourriture et logement. Nul besoin de porter tente, vivre et appareil de cuisson. Nous parcourons donc des kilomètres dans les montagnes sauvages népalaises, nous en oublions même la notion du temps, en plus de vivre au rythme apaisant du soleil.



Les gens qui nous hébergent sur le chemin sont plus sympathiques les uns, que les autres. Nos quelques leçons de « bahasa nepali » nous attirent beaucoup de merveilleux moments avec les locaux. Les népalais sont extrêmement heureux de nous entendre baragouiner quelques phrases dans leur langue. Le manège amusant, nous permet en prime quelques rabais sur la nourriture et le logement. De plus, nous avons l’avantage de la basse saison, nous dormons presque seul dans les « lodges » ce qui nous amène un contact privilégié avec nos hôtes. Nous apprenons quelques airs typiquement népalais que nous fredonnons, le matin venu, en mettant un pied devant l’autre sur les sentiers interminables du parc. Loin de la pollution lumineuse, les soirées glaciales sont réchauffées par la vue de milliards d’étoiles qui parsèment le ciel. Comme la coutume le prescrit, lorsque nous apercevons une étoile filante, nous fermons les yeux et faisons un vœux: celui d’avoir la chance de revenir apprécier, le plus tôt possible, la tranquillité et l’énergie qui émanent de cet endroit unique, surnommé à juste titre: le toit du monde!
Les 2 Trotteurs



