Quelques gouttes de concentré

le

L’Aventure 2008

– Varanasi –

Le garçon indien:

No picture here!

Sebastien:

Yeah yeah, I know no problem!!! »

Le garcon indien:

What’s your job man, what you do in life?

Sébastien (sur un ton un peu désintéressé)

I’m a chef, working in restaurant my friend!

Le garcon (sur un ton ironique et candide)

Me I’m a burning ghat worker, you cook food, I cook bodies, hahahahahaha!

Assis à l’écart, à deux pas seulement de l’endroit où l’on rend pour une dernière fois hommage aux êtres qui se sont éteints, c’est de cette facon qu’un jeune homme m’aborde! Plutôt saisissant de prime abord, mais tout une vie à pratiquer ce métier peu commun rend sûrement cette ultime cérémonie plutôt mécanique, monotone et routinière. Une chose est certaine, pour nous cette crémation publique provoque une réaction intérieure puissante!


Dans chacune des deux ghats funéraires, environ 6 foyers transforment continuellement en cendre, jours et nuits, des défunts d’un peu partout en Inde. Les plus fortunés paient près de 20 000 roupies pour pouvoir partir vers une autre vie sous les flammes ardentes et sacrées du bois de santal. Les moins fortunés trainent dans les rues de la ville sainte jusqu’à ce que le jour du jugement dernier arrive et que l’on brûle leur corps meurtrie par des années de soins et de régime alimentaire déficient. La cérémonie se déroule toujours de la même façon. Le garcon de la personne décédé se fait raser la tête et descend dans la rivière sacrée (le Gange) pour se purifier avant de tourner symboliquement 5 fois autour du défunt. Ensuite on utilise la flamme éternelle pour allumer le foyer funéraire. Il prend 3 heures pour accumuler les cendres que l’on disperse ensuite dans la rivière. Ensuite l’orphelin entre dans une phase de méditation qui dure environ 15 jours. Seuls les femmes enceintes, les enfants, les sadhus et les gens qui ont été mordus par un cobra ont une cérémonie différente. Ceux-ci trouvent leur libération directement dans le Gange sous le poids d’une lourde pierre.

Le processus funéraire est unique en son genre et dégage une fumée de spiritualité très représentative et distinctive de la religion hindouiste. Pour notre part, le rituel sacré est intriguant, apaisant, inspirant et même rassurant!

Mais assez parlé de la « mort », car Varanasi est d’abord et avant tout, une cité tres vivante et ce depuis belle lurette, si l’on considère son statut d’une des villes les plus vielles du monde!

Les ruelles qui bordent le Gange fourmillent de vie. À elles seules, elles sont l’essence de Varanasi. Par l’étroitesse de celles-ci, elles sont dépourvues de véhicule… outre les quelques hors-la-loi qui serpentent adroitement leurs bolides à deux roues! Mais bon, l’Inde ne serait pas la même si on ne défiait pas les règles, qui sont pour ainsi dire, faites pour être contrées, hahaha!!! Pour en revenir à ces ruelles, il est si simple de perdre le nord dans ce zigzaguement incessant et par conséquent, si amusant de parcourir des milles dans ce coin du monde où l’on a l’impression de remonter le temps… d’autant plus que l’absence de sons motorisés, rend l’expérience encore plus réelle, plus véridique!


Si l’on sort de ces quartiers, vieux comme le monde, on découvre une autre cité bouillonnante de l’Inde, avec tout ce qui s’y rattache: pollution, bruits assourdissants, rickshaws et bien sûr les bouchons de circulation. C’est à bord d’un cyclo-rickshaw que nous nous sommes aventurés dans le chaos de Varanasi. Et c’est tel un beau souvenir d’enfance, que nous avons tamponné et sommes faits tamponner à notre tour, dans l’incroyable « trafic » de cyclo-rickshaws sous un soleil ardent… comme une journée chaude d’été à notre bonne vieille « Ronde » dans les « autos-tamponneuses ». Que de plaisir à s’infiltrer dans la vibrante vie quotidienne de ce peuple qui, disons-le, ce tamponne à l’année longue.

Dans les rues de Benares (Varanasi)

Pour un peu plus de douceur, une ballade en bateau sur le Gange, mettant en scène ses 80 gaths et les disciples qui y vivent, est incroyablement authentique. On y apercoit ces hommes saints remplis de sagesse, les croyants s’y plongent, d’autres festoient et l’inévitable touriste encerclé par les « requin-vendeurs » à la recherche d’une proie. Donc loin de la cohue, sur une embarcation, il est délectable de sentir l’atmosphère du lieu et de voir la vie de Benares se dérouler devant nos yeux, comme un vieux film un peu abîme par le temps, mais qui reste malgré tout un classique incontournable.

En resumé, Varanasi c’est l’Inde a 100%, c’est un concentre pur de celle-ci, c’est l’hindouisme à son paroxysme. Tout les éléments si invraisemblables de l’Inde reunis, qui forment quelques gouttes de concentré dans une seule et unique petite fiole d’un million d’habitants.

Bois de santal: Sorte de bois dispendieux provenant d’un arbre tres repandu en Inde
Sadhus: hommes sacres de l’hindouisme
Mordus par un cobra: Le cobra est un animal sacre au meme titre que la vache, on reserve donc le meme traitement aux personnes mordus par un serpent que celui des hommes sacres.
Benares: Autre nom donné à Varanasi

À la prochaine fois… Sebast et Marie

Varanasi, la Ville Sainte

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